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Enseignement

La naissance du monde selon les chamanes mongols

Chaque peuple raconte comment le monde est né. Les chamanes mongols le racontent à leur manière, et ce récit n’est pas qu’une belle histoire venue du fond des âges : il dit ce qu’est l’être humain, d’où vient son intelligence, et ce qu’il a à faire aujourd’hui. Voici la légende telle qu’elle se transmet dans l’enseignement du chaman mongol, reconstituée à partir de sa parole.

Avant le monde : des forces sans maître

Il fut un temps où le monde, que les Mongols appellent Zambuulin, n’existait pas encore. Il y avait les quatre-vingt-dix-neuf cieux, et une terre bigarrée, inachevée, sans repos. Quatre continents primordiaux s’y disputaient sans fin, chacun voulant sa place, comme on se dispute un coussin.

Les grandes forces régnaient sans équilibre. La terre tremblait des siècles durant, car la force des esprits du sol était sans frein. Les eaux se déchaînaient, car la force des esprits des eaux était sans mesure. Les volcans explosaient, les tempêtes soufflaient sans répit. Dans un tel monde, aucune vie ne pouvait tenir.

Ce monde d’avant n’était pas mauvais : il était sans maître. Chaque force allait au bout de sa puissance, sans mesure et sans accord. C’est le premier enseignement de la légende.

Le Ciel-Père envoie la vie

Alors le Ciel-Père voulut que ces forces s’apaisent et vivent en accord. Pour pacifier la terre, il y envoya la vie, le souffle vivant. Mais la vie ne descendit pas seule : la Terre-Mère la porta. Ainsi naquit le monde.

Avec lui parut ce qui n’existait pas : le jour et la nuit. On put respirer l’air, boire l’eau ; le sol devint fertile. Les forces qui se battaient trouvèrent leur équilibre, chacune retenue par les autres.

Et la vie, devenue possible, s’éveilla au ciel. Elle capta les rayons du soleil, reçut la lumière de la lune, et lut l’écriture du firmament pour y trouver sa direction. C’est ce que rappelle le Soyombo, l’emblème de la Mongolie : le feu, le soleil et la lune.

Le feu fait naître l’intelligence

Le Ciel-Père envoya ensuite la Terre-Mère fonder le foyer. Là où elle vint, la maison et le feu furent. Et par la première foudre, le Ciel éternel fit descendre sur les humains le feu central : un feu qui purifie tout ce qui l’approche, et dont chaque flamme éclaire.

De ce feu naquit l’intelligence.

— Enseignement du chaman mongol

Voilà pourquoi, en Mongolie, on ne jette rien dans le feu, on ne l’enjambe pas, on lui offre la première goutte de thé. Le feu du foyer n’est pas un simple outil : il est la source de ce qui fait de nous des êtres humains.

Les treize premiers maîtres

Parmi les humains, certains se tinrent plus près que tous de cette première flamme. Ce furent les treize premiers maîtres « à tête bleue », les premiers ezen, c’est-à-dire les premiers maîtres d’eux-mêmes. En eux, l’intelligence s’établit d’abord.

À partir d’eux, elle grandit, et l’humanité bâtit la société. Mais elle ne la bâtit pas au hasard : elle imita l’ordre du ciel. Ainsi vinrent l’agriculture et l’élevage, et les trois relations qui tiennent une communauté : s’appuyer sur celui qui est au-dessus, se lier à celui qui est à côté, soutenir celui qui est en dessous.

L’âge heureux, puis la chute

Vint un temps heureux. L’âme venait au monde, vivait dans une joie paisible, accumulait ses mérites, et s’élevait de vie en vie. Un temps sans guerre, sans une seule arme brisée.

Puis les treize démons atteignirent le monde. Tant qu’ils suivirent l’ordre naturel, tout alla bien. Mais l’humanité cessa peu à peu de vivre heureuse et d’accumuler ses mérites : elle se mit à asservir son semblable, à dominer au lieu de faire grandir. Le chaman le dit simplement : c’est exactement contre cela que nous luttons.

Ce que la légende nous dit aujourd’hui

Nous portons en nous le monde d’avant. Quand nos colères, nos peurs ou nos envies vont au bout de leur puissance sans mesure, nous redevenons cette terre qui tremble. Le travail de l’être humain est le même que celui du Ciel-Père : apaiser et accorder les forces, pour que la vie puisse tenir.

Notre intelligence vient du feu. Elle n’est pas faite pour dominer, mais pour éclairer et purifier, comme la flamme dont elle est née.

Être maître, c’est ce que furent les treize premiers : se tenir près de la flamme, se gouverner soi-même, et aider les autres à grandir. Jadis, dit le chaman, les ancêtres ont conduit l’humanité vers son destin humain et l’ont libérée de l’esclavage ; aujourd’hui, la tâche est de la conduire vers sa souveraineté, chaque culture se respectant et se protégeant elle-même.

La prochaine fois que vous regarderez un feu, souvenez-vous : c’est de là, dit la légende, que vient ce qui en vous comprend, choisit et éclaire.

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