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Enseignement
Le démon n’est pas un monstre : ce qui s’empare de celui qui n’est pas maître de lui-même

Le mot « démon » fait penser aux créatures des contes, aux films d’horreur ou aux superstitions d’un autre âge. Dans l’enseignement du chaman mongol, le démon est tout autre chose, et beaucoup plus proche de nous qu’on ne le croit.
Ce que le chaman appelle le démon
Quand on n’est pas maître de soi, d’autres forces viennent prendre possession : c’est cela que la tradition appelle le démon.
— Enseignement du chaman mongol
Le démon n’est donc pas un être dressé quelque part, qui viendrait nous attaquer. C’est ce qui s’installe quand on abandonne la maîtrise de sa propre vie : de sa valeur, de son destin, de son temps. La place laissée vide ne reste jamais vide longtemps.
Le chaman le relie directement à l’amour de soi : ce qui s’empare de votre valeur, de votre vie et de votre temps quand vous ne vous aimez pas vous-même, c’est cela qu’on appelle le démon.
À quoi le reconnaît-on ?
Rien de spectaculaire : les emprises les plus courantes sont celles de tous les jours.
- La colère qui décide à notre place, et dont on se demande ensuite d’où elle venait.
- La dispersion : mille sollicitations, et le sentiment de ne jamais être là où l’on est.
- Les dépendances, petites ou grandes, qui promettent l’apaisement et prennent toujours un peu plus.
- Le don sans mesure : ne jamais savoir dire non, se donner à tous jusqu’à se retrouver seul et vidé.
Dans chaque cas, le même mouvement : quelque chose a pris la place de celui qui devrait décider.
La juste mesure
Pour le chaman, la clé est le hem : la juste mesure, ni trop ni trop peu. C’est aussi une tonalité, une vibration, la langue par laquelle on communique avec toute chose.
Pour la retrouver, il faut d’abord connaître son propre état naturel : savoir quelle tonalité vous traverse, laquelle vous absorbez des autres, laquelle vous émettez. Celui qui sait distinguer cela connaît son état véritable, et peut alors agir juste. Celui qui l’ignore est ballotté par tout ce qui passe.
Ce que la légende en dit
Dans la légende mongole de la naissance du monde, treize démons arrivent un jour sur la terre. Tant qu’ils suivent l’ordre naturel, tout va bien. Le malheur commence quand l’humanité se met à asservir et à dominer.
Le chaman ajoute un enseignement étonnant : le démon peut accorder sept des neuf « désirs blancs », mais jamais les deux derniers, la paix durable et le désir qui ne s’éteint pas. À leur place, il ne peut offrir qu’une forme d’esclavage. C’est ainsi qu’on le reconnaît : il donne vite, mais il ne donne jamais la paix.
Redevenir maître de soi
Si le démon est ce qui occupe la place vide, le remède n’est pas de le combattre : c’est de reprendre sa place. Le chaman décrit ce que veut dire s’aimer vraiment :
- Reconnaître ses erreurs, pour en faire une source de sagesse au lieu de les répéter.
- Accepter ses limites : l’être humain n’a pas à être parfait, mais il est unique et irremplaçable.
- Gouverner avec dignité ce qui nous est confié : son corps, son esprit, son temps, sa mesure et son destin.
- Savoir aussi se réprimander : aimer ne veut pas dire tout se permettre. S’aimer, c’est aussi dompter ses pulsions, clarifier son but et exercer sa patience.
Rien de tout cela ne se fait en un jour. Mais chaque fois que vous reprenez une décision qui vous avait échappé, chaque fois que vous retrouvez votre juste mesure, vous faites exactement ce que le chaman enseigne : vous redevenez maître de votre propre maison.