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Enseignement
Destin reçu, destin construit : ce que les chamanes mongols enseignent

Pourquoi suis-je né dans cette famille, dans ce corps, à cette époque ? Et qu’est-ce qui dépend vraiment de moi ? Ces deux questions, chacun se les pose un jour. Le chaman mongol y répond avec deux mots que la langue française n’a pas : zayaa et tavilan.
Zayaa, le destin que l’on reçoit
Le zayaa, c’est le destin reçu. Ce que vous n’avez pas choisi : votre lignée, votre corps, votre époque, vos dons de naissance, vos premières blessures. Selon l’enseignement du chaman, il se constitue dès le ventre de la mère, transmis par les pères et les ancêtres.
Ce destin-là, on ne le change pas. On l’accueille, et on le remplit. Le porter dignement, avec sa qualité d’être humain, c’est déjà une manière d’être maître de soi.
Tavilan, le destin que l’on construit
Le tavilan, c’est ce que vous faites de votre zayaa : vos choix, vos engagements, vos refus, tout ce que vous bâtissez avec ce qui vous a été donné. Celui-là, on le forge et on le crée soi-même.
On hérite de son zayaa et on le reçoit ; mais son tavilan, on le crée et on le traverse par soi-même.
— Enseignement du chaman mongol
Les deux pièges
Tant qu’on confond les deux, on tombe dans l’un de deux pièges, et tous deux épuisent.
Le premier piège, c’est de se croire victime de ce qu’on a reçu. Le chaman le résume ainsi : beaucoup de gens passent leur vie à pleurer leur zayaa, et pendant ce temps, ils ne construisent aucun tavilan.
Le second piège, c’est de croire que l’on choisit tout. Que la volonté suffit, que l’héritage ne compte pas. On s’épuise alors à lutter contre ce qui ne se change pas, au lieu de bâtir sur ce qui est là.
Nous portons plusieurs destins
Le chaman enseigne aussi qu’un être humain porte plusieurs destinées à la fois : celle d’enfant, celle de parent, celle de femme ou d’homme, celle qui le lie à sa terre natale, à son eau, à ses frères et sœurs. Quand elles s’emmêlent, on se sent tiré dans tous les sens.
Le remède est simple à dire : distinguer ces destinées, les reconnaître, puis les ordonner. Accueillir celles-ci, reconnaître celles-là, accomplir celles-ci. De cet ordre naît la structure intérieure qui manquait.
Le destin se construit au présent
Le passé, le présent et l’avenir semblent séparés ; en réalité, dit le chaman, ils forment un seul courant, comme une rivière. Sans passé, pas d’aujourd’hui ; sans aujourd’hui, pas d’avenir. Celui qui s’accroche au passé ou s’inquiète sans cesse de l’avenir n’habite plus le présent, et c’est pourtant là, et nulle part ailleurs, que le tavilan se construit.
Trois pas pour commencer
Reconnaître son zayaa, sans s’en plaindre. Écrire, simplement, ce que l’on a reçu : les forces comme les blessures.
Distinguer ce qui est reçu de ce qui est à construire. Pour chaque difficulté, se demander : est-ce que cela se change, ou est-ce que cela se porte ?
Poser une première pierre de son tavilan. Un choix, un engagement, un refus, aujourd’hui. Le destin construit ne commence jamais demain.
Être pleinement humain, rappelle le chaman, ce n’est pas s’élever au-dessus des autres : c’est faire advenir l’humain par l’humain. Recevoir son destin avec dignité, et construire le sien avec courage, c’est déjà éclairer le monde autour de soi.